Notre Avis - Gabriel Knight 2 : The Beast Within



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Gabriel Knight 2 : "The Beast within", sorti en 1995, fait suite à Gabriel Knight : "Sins of the Fathers" paru deux ans plus tôt. Encore un "bébé" de Jane Jensen !... On retrouve bien évidemment Gabriel Knight, mais dans un décor radicalement différent du premier opus : exit la Louisiane et bienvenue en Bavière ! Désormais propriétaire du château de ses ancêtres Schattenjäger ("chasseurs d’ombres"), Gabriel est plongé dans l’écriture de son nouveau roman mais se trouve singulièrement en mal d’inspiration. Du coup, un nouveau succès de librairie semble s’éloigner au fur et à mesure des pages qui, après avoir été rageusement froissées, s’accumulent dans la corbeille. Malgré tout, si son imagination lui fait défaut, il se pourrait bien qu’une énigme vienne le plonger, une fois de plus, dans une réalité dépassant la fiction. Précisément, après le meurtre particulièrement atroce d’une petite fille, arrive au château une imposante délégation de villageois l’enjoignant à intervenir : "Êtes-vous le Schattenjäger, oui ou non, Herr Knight ?!". Car, bien entendu, le meurtre ne semble pas avoir une origine humaine et semble être l’œuvre d’un… loup-garou ! Bref, si notre héros s’imaginait qu’être Schattenjäger ne relevait que du folklore et des superstitions locales, c’est râpé ! Le voilà donc forcé d’assumer son héritage de "chasseur d’ombres".

 

Disons-le d’emblée, The Beast within nous offre un véritable feu d’artifice vidéoludique. Le scénario, signé Jane Jensen, est fignolé et nous plonge dans une Bavière où rôdent encore les fantômes du roi fou Louis II de Wittelsbach (1845-1886) et du compositeur Richard Wagner (1813-1883). C’est d’ailleurs la partition d’un opéra disparu de ce dernier qu’il va falloir découvrir. Puisant dans la réalité historique tout en extrapolant largement, et n’hésitant pas à faire intervenir une sombre histoire de loups-garous, un tel panachage pourrait a priori laisser sceptique. Mais ici, ce n’est pas le cas, car l’histoire, ménageant un réel suspense, est suffisamment bien ficelée et suffisamment immersive pour que l’on se surprenne à y croire. Ce qui est la marque d’un grand jeu d’aventure. Pour résumer, le jeu se présente clairement comme une enquête policière, mais dans laquelle le rationnel cohabite avec le fantastique. Le dénouement verra-t-il le triomphe du cartésianisme ou celui du surnaturel ? Je vous laisse le découvrir car, après tout, l’objet de cette critique n’est pas de déflorer le jeu !

 

Les énigmes sont à la hauteur du scénario. Sans être d’une complexité extrême, Gabriel Knight 2 n’est pour autant pas du genre à se laisser faire sans un minimum de réflexion. En d’autres termes, la difficulté du jeu est plutôt bien équilibrée dans le sens où des énigmes relativement simples à résoudre alternent avec d’autres où il est nécessaire de se creuser davantage la tête. Ainsi, s’il n’est pas bien compliqué de trouver la clef d’une automobile pour la faire démarrer, il sera, par exemple, moins évident d’effectuer le montage d’une cassette audio afin d’en tirer quelques renseignements. Par ailleurs, si la collecte et l’utilisation d’objets occupe une part importante, on veillera à lire les documents écrits que l’on récupérera chemin faisant. Sans oublier les conversations avec les personnages croisés lors de l’enquête. Autant de personnages dont il est, soit dit en passant, bien difficile de se faire une idée a priori : en savent-ils davantage que ce qu’ils daignent dire ?... Entre un commissaire bourru, un directeur de zoo peu loquace et les membres d’un singulier club d’aristocrates bavarois amateurs de chasse, il appartiendra à Gabriel de se faire son opinion. Un tout petit bémol tout de même au sujet d’une séquence finale en forme de croupion et se résumant à un puzzle chronométré aussi pénible qu’inintéressant. Était-il nécessaire d’inclure une phase de simili-action dans un jeu d’aventure ? Mais bon… il ne s’agit-là que de l’extrême fin du jeu.

 

Les graphismes ont été réalisés en full motion video (FMV) et permettent de voir des acteurs en chair et en os se mouvoir dans des décors photographiés. Il en va de même pour les nombreuses cinématiques, qui sont toutes filmées. (Cette technologie a connu son heure de gloire au milieu des années 1990 – avec, par exemple, les jeux issus des séries Tex Murphy et Phantasmagoria – avant d’être abandonnée.) Bien entendu, à l’heure où je rédige ces quelques lignes (soit une douzaine d’années après la sortie du jeu), les graphismes de Gabriel Knight 2 ont forcément vieilli, car réalisés en fonction des standards graphiques de l’époque. Il n’en reste pas moins qu’ils ont été particulièrement soignés et permettent au joueur de découvrir quelques charmes de Munich ainsi que d’effectuer une visite de cet invraisemblable château de conte de fées qu’est Neuschwanstein (fruit des caprices architecturaux délirants de Louis II de Bavière, ce château a d’ailleurs servi de modèle aux studios Walt Disney pour La Belle au Bois Dormant).

 

Le gameplay est plutôt aisé. Gabriel Knight 2 est un "point & click" et l’interface ne crée pas de difficulté particulière. Simplement faut-il s’habituer (un cours moment) à la manipulation de l’inventaire. Par exemple, afin d’observer un objet ou de lire un document en notre possession, il est nécessaire de cliquer une première fois sur l’item puis une deuxième fois sur une icône figurant une loupe (rien de bien sorcier mais un simple clic droit aurait tout aussi bien fait l’affaire). Le joueur contrôle deux personnages à tour de rôle : Gabriel, cela va de soi, mais aussi Grace Nakimura, son assistante, qui ne tarde guère à le rejoindre.

 

Regrettons pour finir que le jeu ne soit aujourd’hui plus commercialisé et que ceux qui sont intéressés devront passer par le marché de l’occasion. Dommage, car il semble tout à fait possible de faire tourner le jeu sur une machine récente et Windows XP. Personnellement, je n’ai constaté qu’un problème de son que j’ai pu résoudre aisément avec l’installation de l’émulateur VDMSound. (Voir le forum pour ce qui tient à l’installation de Gabriel Knight 2.) Une dernière chose pour information : Jane Jensen a publié une novellisation de ce jeu (autrement dit une adaptation sous forme de roman) : The Beast Within : A Gabriel Knight Mystery (1998).

 

 

À quoi ça sert que Jane Jensen se décarcasse ?!!! Eh bien, tout simplement à nous offrir un excellent jeu d’aventure ! En dépit de quelques imperfections, on ne peut que reconnaître que cette deuxième aventure de Gabriel Knight est le fruit d’un travail exemplaire tant sur le plan de la recherche que de la réalisation. Disons-le clairement, Gabriel Knight 2 : "The Beast within" mérite une place de choix dans l’histoire du jeu vidéo d’aventure.

 

Guidoflap