Notre Avis - The Moment of Silence



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New York, 2044, Peter Wright jette un oeil à l’œilleton de sa porte, il aperçoit une perquisition musclée dans l’appartement de ses voisins, il s’empresse d’aller leur rendre visite, le mari de la voisine vient de se faire arrêter, personne n’en connaît la raison. Peter Wright va alors enquêter sur cette affaire, pour se trouver rapidement dans les méandres d’une conspiration bien plus importante et grave qu’il ne l’aurait imaginé…

The Moment of Silence est un jeu point & click traditionnel, avec une vue à la troisième personne, dans un univers futuriste texturé en 2D, et des personnages modélisés en 3D. La parenté avec The Longest Journey est assez perceptible, que ce soit l’univers dans lequel Peter évolue qui n’est pas sans rappeler le Starck d’April Ryan, ou bien dans les mécanismes de jeu, et surtout dans ses très, très nombreux et très riches dialogues…En effet, ceux-ci sont une composante essentielle de ce jeu, mais fort heureusement, ils sont plutôt bien écrits, et surtout le doublage est remarquablement réalisé, notamment la voix de Peter Wright, qui est celle de l’acteur Patrick Poyvet (la voix française de Bruce Willis).

Les décors sont franchement réussis, les textures bien rendues, les couleurs de bon ton et les détails réalistes. Un léger bémol sur le rendu 3D des personnages, qui ne sont pas exceptionnels, et plutôt statiques. Notons également  le peu d’animations dans les décors, qui manquent finalement de vie (on remarquera notamment que certains personnages-figurants modélisés apparaissent dans plusieurs décors, habillés de façon différente… !). Les cinématiques sont quant à elles remarquablement réalisées, cadrages et mouvements de caméra cinématographiques, que du bon.

La musique a été plus que soignée, chaque thème colle parfaitement au lieu exploré, et certaines sont très modernes (trash-métal-hardcore… !).

La jouabilité est des plus simples, tout se joue à la souris, le clic gauche pour agir, le droit fera réagir notre héros sur l’élément sélectionné, l’inventaire apparaissant en bas de l’écran par un léger déplacement du curseur. Le clavier sera néanmoins indispensable pour faire apparaître le Messenger de Peter (en appuyant sur la touche M), sorte de PDA du futur, qui sera utile pour contacter certaines personnes ou encore pénétrer à certains endroits.  Notons un léger problème pour diriger le personnage, celui-ci n’allant pas forcément dans la direction indiquée…Directions qui sont d’ailleurs parfois difficiles à trouver, la touche H du clavier sera parfois pratique pour indiquer les différentes sorties d’écran (en appuyant simultanément sur la touche H et Maj, quelques items ou actions apparaissent en surbrillance à l’écran, mais ceci a pour vilain défaut de faire ramer le PC, et les indications ne sont malheureusement pas exhaustives…).

Le scénario est réellement passionnant, admirablement conçu, disséminant ses indices au fil de votre évolution (même si l’on se doute assez rapidement que ce qui se trame derrière tout ça n’est pas des plus heureux…). Le héros, Peter Wright, designer en communications gouvernementales de son métier, s’il est plutôt naïf et conformiste au départ (on a d’ailleurs parfois envie de le secouer et de lui ouvrir les yeux, mais n’oublions pas qu’il vient de perdre sa femme et son fils dans l’explosion d’un avion, après un acte terroriste… !), s’aperçoit au fur et à mesure des tenants et aboutissants de sa société, et surtout d’un des points fondamentaux de l’histoire, à savoir la liberté d’expression. Les références, si elles ne sont pas ouvertement affichées dans le jeu, font appel à "1984" de George Orwell, "Brazil" de Terry Gilliam (qui est ni plus ni moins une déclinaison du même 1984), ou encore "2001, l’Odyssée de l’espace" de Stanley Kubrick (en ce qui concerne la fin, où l’on pourrait reconnaître un certain HAL…). Liberté d’expression, société totalitaire sous couvert d’une fausse liberté, propagande, liberté individuelle, univers carcéral façon "Alcatraz", lavage de cerveau, terrorisme, sociétés parallèles, surveillance façon "Big Brother", tous ces thèmes sont évoqués avec succès dans ce jeu. Quleques scènes ne sont d’ailleurs pas sans une certaine violence…

Les énigmes quant à elles font essentiellement appel à l’observation, à la collecte d’objets et leur bonne association entre eux ou dans le décor, ou encore, bien évidemment au déblocage par le dialogue. Il faut le dire, The Moment of Silence n’est pas un jeu facile. Il faudra être régulièrement bon observateur, et ne pas hésiter à faire quelques allers-retours pour débloquer certaines situations. Dans l’ensemble, tout reste assez logique…je dis bien dans l’ensemble, car cela se corse vers la fin du jeu. Le passage de la platte-forme dans les Bermudes n’est pas des plus aisés (j’ai mis un temps fou à décrypter ce fichu code… !), celui de la prison peut s’avérer pénible, et la logique des antennes satellites au final m’a paru franchement tirée par les cheveux, merci encore la soluce… ! Mais cela n’est pas représentatif de la qualité de ce jeu, réellement passionnant de bout en bout, si l’on est pas à priori rebuté par les dialogues à rallonge (8 heures de dialogues, au bas mot !). Quelques passages ne sont d’ailleurs pas dénués d’humour, notamment l’échange verbal que l’on peut avoir avec l’hôtesse de la station Lunar 5, et les réflexions de notre héros sont souvent drôles et cyniques… ! La durée de vie est donc très bonne, ce jeu vous réserve pas mal d’heures de remue-méninge.

The Moment of Silence est résolument une réussite, un excellent jeu d’aventure d’anticipation, dont les thèmes abordés soulèvent de véritables réflexions sur notre propre société. Si l’on n’est pas rebuté par les nombreux dialogues et les quelques problèmes de direction du personnage, on a là un très bon jeu de facture classique dans ses mécanismes et dans sa réalisation, riche, long et passionnant, qui devrait ravir les amateurs du genre.

Makidoo