Notre Avis - Syberia 1


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Benoît Sokal est un formidable raconteur d’histoires. Dessinateur de bandes Dessinées, il a narré les aventures de l’inspecteur Canardo dans plusieurs tomes.

Quel bonheur pour l’histoire du jeu d’aventure que Sokal se soit intéressé à ce support ! En effet, après le très beau, mais beaucoup trop court, Amerzone, Sokal (et son équipe) va nous plonger dans un véritable rêve éveillé, un parcours magnifique, jusqu’aux confins de Syberia…

Et c’est avec les yeux d’une belle avocate New-Yorkaise, Kate Walker, que nous allons parcourir ce voyage.

Les façades Art Nouveau des maisons, les automates très 19ème siècle, l’atmosphère, les personnages et leur histoire, tout concorde à créer un univers à part, une sorte de dimension parallèle, entre Jules Verne et Jack London pour les références littéraires, et Mucha et Klimt pour les références picturales.

D’une beauté plastique irréprochable, Syberia possède un scénario assez simple à la base (une avocate branchée et bien ancrée dans son époque va s’entêter, puis se passionner pour une mystérieuse quête, quitte à tirer un trait sur sa carrière et ses ambitions premières), mais là où Syberia surpasse les autres jeux du même type, c’est par l’étoffe, la consistance, la crédibilité qui est donnée aux personnages, et par là même à l’aventure elle-même.

Kate Walker a une vie, un métier, un petit ami, une meilleure amie, une mère…Tout cela nous est dévoilé par les coups de téléphone qu’elle reçoit au fil de l’histoire, et tout cela contribue à donner de la crédibilité à cette histoire, nous sommes rapidement immergés dans son histoire à elle, et cette intimité partagée donne à cette héroïne un caractère presque familier.

Décors magiques donc, que ce soit à Valadilène, Barrockstadt ou encore Arabald, scénario et histoire impeccables, cinématiques somptueuses, dialogues bien doublés et bien dosés, on en oublierait presque qu’il s’agit d’un jeu !…

Les énigmes sont pourtant bien au rendez-vous, toujours logiques et d’une difficulté moyenne, ce qui peut cependant frustrer le joueur en mal de remue-méninges, et ce qui confère finalement au jeu une durée de vie assez faible... Mais qu’à cela ne tienne, l’histoire et la réalisation de ce jeu sont une vraie réussite.

Notre compagnon de voyage, Oscar, devient rapidement une présence attachante (et apporte une légère pointe d’humour), et l’on se prend au jeu au même titre que l’héroïne.

Un point and clic d’une grande beauté, carton commercial mérité, Syberia pose les jalons d’une nouvelle gamme de jeux d’aventure, tout comme Myst avait pu le faire à l’époque, celle du jeu dont l’histoire et les graphismes resteront encore longtemps dans votre mémoire, et dont la poésie est un point d’orgue ; et surtout la révélation d’un véritable auteur de jeu, au même titre que l’on peut parler de cinéma d’auteur, en la personne de Benoît Sokal.

Makidoo